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REVUE DU PAYS DE CAUX

le temps où, au Reichstag, les socialistes ne craignaient pas de flétrir l’annexion de l’Alsace-Lorraine à l’empire. Aujourd’hui, ils déclarent qu’ils défendraient, par la force s’il le faut, les conquêtes Germaniques, et la chaîne d’amour dont parlaient les Anglais est devenue une simple chaîne d’intérêt.

Un second fait très grave s’est produit. Depuis de longues années la grève générale apparaissait comme une arme de guerre formidable aux mains du prolétariat. Or, ce glaive est enfin sorti du fourreau et tout le monde a pu voir qu’il était ébréché. Successivement en France, en Espagne et surtout en Belgique, la grève générale a été essayée sans succès. Le fiasco Belge est de beaucoup le plus significatif. Dans ce pays à population si dense, où l’éducation et l’organisation des masses ouvrières sont si avancées, personne ne pouvait s’attendre à une expérience aussi peu réussie. Déclarée pour un motif clair, précis, accessible à tous et juste d’ailleurs — l’obtention du suffrage universel — ce qui lui assurait une certaine bienveillance de la part des libéraux, la grève fut servie comme à souhait par certains actes de répression trop violents ; ces actes étant isolés il n’y avait pas de quoi terrifier les grévistes ; il y avait par contre, de quoi les pousser à bout. Malgré ces circonstances favorables, la déroute a été rapide et complète. Ces diverses tentatives avortées ont prouvé deux choses : d’abord que la réalisation d’un plan de grève générale était des plus difficiles ; ensuite et surtout que cet instrument de défense est nuisible à ceux qui s’en servent, plus qu’à ceux contre qui il est dirigé.

Le troisième fait est la création des « syndicats jaunes » ainsi désignés par opposition aux syndicats rouges, partisans de la lutte des classes. Les médiocres résultats obtenus par ces derniers et la tyrannie à laquelle en bien des cas ils ont dû recourir pour établir et maintenir leur domination devaient nécessairement provoquer la fondation de syndicats rivaux qui prendraient le contre-pied de la politique suivie par les rouges. Cela n’a pas manqué de se produire, et le développement rapide des nouveaux syndicats a prouvé qu’ils répondaient à un besoin vivement senti par les ouvriers. La base même de leur groupement, c’est la recherche du terrain d’entente entre le capital et le travail, ce qui revient à proclamer que l’antagonisme entre le capital et le travail n’est pas fondamental et qu’on peut l’atténuer considérablement, sinon le faire disparaître tout-à-fait. Ainsi se révèle parmi les masses ouvrières, un double courant contradictoire qui les divise.