Page:Revue générale de l'architecture et des travaux publics, V9, 1851.djvu/10

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


REVUE DE L’ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS. ENTRETIEN ET RESTAURATION DES CATHÉDRALES DE FRANGE. Kotre-Dame de Paris. (Planche I.) Aucun pays en Europe ne possède d’aussi beaux et grands monaments religieux que la France. Je n’en excepte pas l’Italie ; mais il faut dire que les Italiens, les Anglais, les Allemands aiment, respectent et entretiennent leurs édifices, qu’ils savent les vanter, qu’ils s’en occupent sans cesse, les font connaître, les regardent enfin comme une expression permanente de leur génie national. En Angleterre, les édi- fices du moyen âge sont l’objet de soins constants ; richement dotés, entourés de leurs anciennes dépendances, ils n’ont jamais l’aspect délabré de la plupart de nos cathédrales. Les Anglais auraient cependant de bonnes raisons à faire valoir pour abandonner ces édifices élevés par un autre culte que celui pratiqué aujourd’hui par la grande majorité de la population ; mais ils possèdent par-dessus tout ce sentiment national qui les conduit à respecter religieusement des œuvres regardées chez eux comme une des preuves vivantes de la civilisation et de l’intelligence des générations anté- rieures. L’Itahe et l’Allemagne non-seulement entretiennent leurs vieux monuments, mais encore les établissent dans l’opinion, et trouvent moyen de faire croire à la beauté d’œuvres sou- vent médiocres sous tous les rapports. Combien n’avons-nous pas vu d’artistes aller chercher en Italie des copies bâtardes, s’émerveiller sur des chefs-d’œuvre douteux, et laisser derrière eux, à quelques pas de leur ville natale, des foyers immenses d’étude et d’art ! Combien n’en avons-nous pas vu revenir avec des cartons remplis de notes, de dessins, et passer, ébahis, devant l’église de leur village, se disant : « Si j’avais su I » Ne peut-on faire que jeunesse sache, puisque veillesse ne peut ! Il faut l’avouer, tout ce qui tient à l’art chez nous est organisé d’une singulière façon. Depuis vingt ans, tous les hommes influents en France, le gouvernement, les villes, le clergé, les particuliers demandent que l’on s’occupe de nos vieux édifices ; les caisses se sont ouvertes pour prévenir leur ruine ; l’administration des Beaux-Arts, particulièrement, a établi un système d’entre- tien, sous la direction d’une commission choisie parmi les hommes les plus éclairés. 11 ne manque plus qu’une chose pour que tous ces sacrifices portent leurs fruits, c’est une pépinière déjeunes artistes, architectes, peintres, sculpteurs, nourris de l’étude de nos beaux monuments, capables par conséquent de les restaurer en connaissance de cause. Rien n’est plus aisé ; cette même administration possède une École des Beaux- Arts ; elle va la diriger dans celte voie ; elle ouvrira des cours de construction pratique applicable à notre sol ; elle apprendra aux jeunes architectes à connaître l’emploi des divers matériaux de nos anciennes provinces ; elle parlera de nos grands édifices, des moyens employés pour les élever : elle fera leur histoire, elle mettra la main sur leurs plaies, elle indiquera les remèdes qui doivent les guérir ; elle établira les rapports si intimes qui existent entre ces monuments, nos mœurs et nos usages ; elle fera ressortir tout le parti que l’on peut tirer, à notre époque, de ces con- structions nées chez nous, conçues avec hardiesse, exécutées avec des moyens simples ; elle en expliquera les beautés, le génie Eh bien, non ! ce n’est pas ainsi que les choses se passent : la même direction administrative distribue d’une main des secours à nos édifices en ruine ; de l’autre, elle envoie les hommes qui devraient être appelés à les restaurer après de longues études, oii cela ? A Rome, à Athènes, en Egypte quelque jour ! Dans son École, on parlerait plus volontiers des monuments d’Ellora ou de Palenqué que de la cathédrale de Reims ou de celle de Paris. On s’occupera lon- guement du tombeau d’ Agamemnon ou de celui des Floraces, mais personne n’osera dire un mot de nos vieux monuments ’ civils, si simples, si largement conçus, si utiles encore aujourd’hui. Tout ce que la France a élevé du xi au xvi" siècle est frappé d’ostracisme, non par l’opinion publique, non par le gouvernement, non par le clergé, non par les communes ; non, Dieu nous garde de le faire soupçonner 1 mais par l’École des Beaux-Arts... toute seule ! Mais l’École des Beaux-Arts dirige encore, en grande partie, l’édu- cation des jeunes gens qui se destinent h la carrière des arts. Ne sèrait-il pas temps vraiment de faire cesser un état de choses qui ne serait que ridicule, s’il ne compromettait pas gravement l’avenir d’étudiants sincères, ne demandant qu’à être éclairés, pour rendre à la carrière de l’architecture par- ticulièrement la place qu elle perd chaque jour, grâce à cet entêtement mesquin d’un professorat attardé ? Nous ne prétendons pas que l’on fasse de l’École des Beau-Arts une sorte d’officine archéologique, d’où il ne sortirait que des hommes demi savants, demi-artistes, exclu- sivement imbus des arts du moyen âge, s’ accrochant à toutes nos vieilles pierres, sous le prétexte de les conserver, et fati- guant bientôt le public de leurs pastiches et de leur amour fanatique pour des objets dont le seul mérite est quelquefois d’avoir duré plusieurs siècles : ce serait tomber d’un excès dans un pire. Nous ne sommes pas si exigeants. Aujour-