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le plus important à sa gloire. On lui demandait d’après les habitudes de la tradition musicale des unités thématiques qui devaient être bien distinctes les unes des autres. Nous avons déjà vu que la sensibilité délicate de Bruckner plus que celle de tout autre compositeur qui l’a précédé, n’éprouvait que les multiplicités les plus délicates, c’est-à-dire les unités de deux sons au plus, au lieu des unités thématiques. Au lieu de distinguer des unités thématiques Bruckner développe ses formations tonales comme aucun autre compositeur ne l’a jamais fait avant lui.

Nous voyons par cet admirable exemple que l’activité créatrice d’un compositeur consiste dans l’emploi des éléments fertiles que chaque son et le plus minime groupement de sons lui offre. Nous plaignons de nouveau l’insuffisance de la notation qui ne permet pas encore aux compositeurs la confession écrite des procédés de leur âme musicale, La naïveté de la notation s’associe à la naïveté de la théorie musicale pour empêcher les instincts du compositeur d’entrer dans sa conscience.

Pour donner des exemples de développement des sons chez Bruckner, je devrais copier à peu près toutes les neuf Symphonies. Ce serait blesser des organismes que de détacher des parties de ces œuvres pour les présenter dans leur isolement. Qu’on se donne la peine de considérer tranquillement une de ces symphonies, soit la Première, soit la Neuvième. On ne pourra être que profondément touché de cette vivacité des sentiments musicaux.

Dans cette étude de l’âme des symphonies de Bruckner on devra cependant éliminer tout ce qui est plutôt primitif que personnel, tout ce qui est plutôt mélodique. C’est de cette façon seulement qu’on réussira à découvrir les sentiments personnels du compositeur et leur développement. Bruckner même, étant obligé par la tradition musicale de faire des thèmes de ses formations tonales, nous rend cette tâche assez lourde, quoiqu’il entreprenne une fois lui aussi de débarrasser une de ses compositions de quelques intervalles d’octaves. Nous sommes obligés d’agir beaucoup plus sobrement encore : car notre conscience n’est plus voilée par des besoins mélodiques comme l’était celle