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analyses. — eucken. Geschichte und Kritik

Mais cela est-il vrai autant qu’on le dit et qu’on le répète si hautement et avec tant d’assurance ? Sous ces prétentions au criticisme et au positivisme, ne se cache-t-il pas souvent beaucoup d’affirmations dogmatiques et beaucoup d’hypothèses qui auraient besoin d’être elles-mêmes contrôlées et soumises à un examen plus impartial, plus approfondi, plus exact, plus scientifique ? L’auteur le croit. Les négations elles-mêmes ne sont-elles pas quelquefois beaucoup trop affirmatives ? N’y a-t-il pas lieu, au moins, d’être plus circonspect et d’élever quelques doutes ? Que d’articles de foi, dans un sens ou dans l’autre, d’un credo soit positiviste, soit panthéiste, soit idéaliste ou même sceptique ! Que de formules érigées en axiomes qui elles-mêmes auraient besoin d’être discutées, analysées, refondues, remises au creuset de la critique !

C’est ainsi que M. Eucken comprend la situation actuelle de la philosophie dans sa partie la plus élevée ou métaphysique. Son travail, sous le rapport d’une critique nouvelle et d’une nouvelle analyse, pourra paraître insuffisant. Il n’est pas moins fort remarquable. L’auteur excelle surtout à montrer les lacunes, les côtés faibles, à élever des doutes, des soupçons (Bedenken) (le mot revient sans cesse sous sa plume) sur les points les plus importants relativement à toutes ces idées fondamentales. Sans lui-même rien affirmer de bien positif, il éveille le doute, il donne à penser et à réfléchir, il met le doigt sur les difficultés qui n’ont pas encore été résolues. C’est, avec la partie historique, ce qui fait le mérite principal de cet essai ou de ces essais.

Les chapitres, à nos yeux, les plus importants et les plus intéressants, sont : 1° celui qui est consacré à l’expérience, où l’auteur soutient avec beaucoup de force les droits de la raison et de la philosophie ; 2° ceux où il traite de l’idée de loi, de celle de développement. La manière dont il reprend et envisage, au début, la question tant de fois débattue du subjectif et de l’objectif, n’est pas non plus sans offrir plus d’une remarque judicieuse d’une grande sagacité. Il faudrait du reste en dire autant de chacun de ces articles. Cependant il en est qu’on regrette de voir trop superficiellement ou trop brièvement composés. L’idée d’humanité peut-elle se contenter de quatre ou cinq pages ? L’optimisme et le pessimisme méritaient aussi, vu leur intérêt d’actualité, d’être l’objet d’une critique plus originale. On pourrait enfin signaler l’absence d’autres idées qui devraient figurer parmi ces notions fondamentales du temps présent. Mais alors l’auteur aurait donné le livre qu’il promet et qu’on ne peut que l’engager vivement à publier.

Ch. B.