Page:Revue philosophique de la France et de l'étranger, VI.djvu/579

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une de ces résolutions qui règleront l’existence et à laquelle, une fois prise, on est obligé de se tenir. Par la force de l’habitude, on reste quelquefois attaché à ses vieilles croyances après qu’on est en état de voir qu’elles n’ont aucun fondement. Mais, en réfléchissant sur l’état de la question, on triomphera de ces habitudes ; on doit laisser à la réflexion tout son effet. Il répugne à certaines gens d’agir ainsi, parce qu’ils ont l’idée que les croyances sont choses salutaires, même quand ils ne peuvent s’empêcher de voir qu’elles ne reposent sur rien. Mais supposons un cas analogue à celui de ces personnes, bien que fort différent. Que diraient-elles d’un musulman converti à la religion réformée qui hésiterait à abandonner ses anciennes idées sur les relations entre les sexes. Ne diraient-elles pas que cet homme doit examiner les choses à fond, de façon à comprendre clairement sa nouvelle doctrine et à l’embrasser en totalité. Par dessus tout, il faut considérer qu’il y a quelque chose de plus salutaire que toute croyance particulière : c’est l’intégrité de la croyance, et qu’éviter de scruter les bases d’une croyance, par crainte de les trouver vermoulues, est immoral tout autant que désavantageux. Avouer qu’il existe une chose telle que le vrai, distinguée du faux simplement par ce caractère que, si l’on s’appuie sur elle, elle conduira au but que l’on cherche sans nous égarer, avouer cela et, bien qu’en en étant convaincu, ne pas oser connaître la vérité, chercher au contraire à l’éviter, c’est là, certes, une triste situation d’esprit.

(À suivre.)
C.-S. PEIRCE,
du Service géodésique des Etats-Unis.