Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/419

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idées spéculatives de M. Zöllner : et ces dernières seules nous intéressent.

Le deuxième chapitre a pour objet d’établir que la matière est finie dans l’espace infini.

À la première condition seulement, on peut s’expliquer que la pression et la densité des corps aient une mesure finie. Il n’est pas nécessaire pour cela que l’espace et le temps soient infinis : on ne pourrait du reste l’admettre sans contredire le principe de raison suffisante. — Les autres propriétés de l’espace, ses trois dimensions, ne choquent pas la raison : elles ont d’ailleurs une origine empirique. « L’activité inconsciente de l’entendement a développé en nous l’intuition de la troisième dimension de l’espace, probablement sous l’effet d’une classe tout à fait déterminée de changements locaux, qui coïncident régulièrement avec le changement de notre propre point de vue. Dans le domaine des perceptions visuelles, par exemple, la cause dont il s’agit est le phénomène de la superposition réciproque et du changement local des images sur la rétine par rapport à la gauche et à la droite, quand le mouvement de notre œil ne se fait pas sur un plan parallèle à la ligne qui unit les deux objets. Afin d’expliquer ce phénomène mystérieux pour notre entendement, du moins dans l’état primitif de son activité inconsciente, et de le soumettre à la loi de la causalité, notre esprit s’est vu forcé de se faire une hypothèse sur la constitution de l’espace. C’est ainsi qu’aux deux dimensions de l’espace, dont les impressions sensibles avaient développé en nous l’intuition aux degrés inférieurs de l’organisation, la troisième dimension a été ajoutée. La justesse de cette hypothèse pour expliquer les actions du monde extérieur sur les sens s’étant trouvée confirmée par l’expérience d’une série infinie de générations, elle est devenue pour l’entendement des animaux supérieurs, dans l’état actuel de son développement, une vérité d’intuition tellement certaine, que nous ne sommes plus en état de faire abstraction de cette propriété de l’espace. » On pourrait observer un processus semblable dans le développement des connaissances de l’entendement conscient sur les phénomènes astronomiques. N’a-t-on pas dû, pour s’expliquer les mouvements des corps célestes, qui semblaient se produire seulement sur une surface sphérique, admettre, comme une troisième dimension de l’espace, la profondeur de la voûte céleste. On a transformé ainsi, à l’aide des lois de la perspective, les mouvements compliqués qui se montrent à nos sens en mouvements réels plus simples.

Cette explication empirique de l’origine et du développement de la notion d’espace a, dans les derniers temps, provoqué les curieuses et profondes recherches sur les principes de la géométrie de Gauss, de Riemann, de Helmholtz, etc.

L’hypothèse que la quantité de la matière est finie nous dispense de prêter des dimensions finies au temps et à l’espace, et de limiter ainsi arbitrairement la série des causes. « Si nous voulons bien supposer que