Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/129

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LA HOULE



Optimisme ! pessimisme ! L’Allemagne cédera ; non, elle ne cédera pas. La France ne peut plus faire de concessions. Si, elle peut encore en faire une petite. L’Autriche va intervenir ; le roi des Belges offrira sa médiation. M. Visconti-Venosta a dit… M. de Radowitz a répondu. Et votre sourcil se fronce ou vos lèvres sourient comme si vous étiez cette bonne dame la Bourse qui se laisse influencer par le fait du jour et, en général, ne voit pas au-delà. Chers compatriotes, que vous êtes donc naïfs ! Ainsi vous vous imaginez que l’Allemagne a soulevé et conduit cette affaire marocaine pour obtenir une suprématie policière ou financière et que, tout d’un coup, elle va se déclarer satisfaite ou renoncer à ses prétentions ? Vous croyez que le ciel bleu et le clair soleil de la paix dont vous avez joui si longtemps sans toujours les apprécier à leur juste valeur, peuvent reparaître immédiatement et de façon durable, qu’ils vont égayer de nouveau vos horizons ?… N’y comptez pas. L’Europe est troublée pour longtemps ; voilà ce à quoi il faut vous accoutumer. Pendant des mois et peut-être des années, les journaux — ces sémaphores de la politique — accuseront un état de choses semblable à celui qu’indiquent parfois les bulletins météorologiques. Vous y lisez : mer agitée à Dunkerque, houleuse à Cherbourg, belle à Nice… De même vous allez lire : état politique agité en Asie, houleux en Europe, beau en Amérique. Et ce sera l’Europe la plus à plaindre parce que la houle paraît quelque chose de vilain et d’inconfortable, de menaçant aussi et d’irrégulier ; la houle permet les grandes lames de fond qui balayent à l’improviste tout un coin du rivage.

Le mois dernier, vous avez lu dans les Notes sur l’Allemagne impériale que nous avons publiées la conclusion à laquelle s’arrêtait l’auteur. « La vraie cause des calamités dont la menace pèse sur l’Europe est une cause profonde et durable qui n’est pas née d’un caprice et ne peut, par conséquent, se dissiper comme un songe…, il serait déraisonnable de compter sur un apaisement,