Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/353

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LE LIVRE D’OR DES AVENTURIERS



C’est une lecture très amusante — sinon très instructive — que celle du volume consacré par M. de Villiers du Terrage, à ceux qu’il appelle (improprement à notre avis) des « rois sans couronne » et dont les aventures tragiques ou comiques se déroulent, à travers cinq siècles d’histoire, de Jean de Béthencourt, roi des Canaries, à Jacques Lebaudy, empereur du Sahara. Il y a de tout dans ce lot d’individus en rébellion contre leur état social ; il y a des parvenus du hasard et des calculateurs entêtés, de béats utopistes et de rusés maquignons. Mais il y manque — et c’est pour quoi nous critiquons le titre adopté par l’auteur — le vrai roi sans couronne, l’homme qui règne sous le nom d’un autre, et préfère la réalité du pouvoir au titre sonore, ou bien celui qui comme Cecil Rhodes, crée de toutes pièces un état portant son nom, et l’ayant créé, en fait don à sa patrie…

Souverains pour rire

L’empereur du Sahara et le président de la République de Counani, se disputent la présence de cette rubrique. S’adjuger un empire que personne ne connaît, et dont on s’est borné à longer les côtes dans un yacht luxueux, constitue assurément une joyeuse fumisterie. Mais quand on est « publiciste, officier d’Académie, membre des Sociétés de Géographie de Paris, Rouen et Lisbonne, et conseiller municipal de Vanves », se prétendre élu par le suffrage universel à la présidence d’une République que personne n’a jamais constituée, et dont on ignore en tout cas les frontières, ce n’est pas ordinaire non plus. Tel fut le cas de M. Jules Gros qui, en 1887, sans quitter Paris d’ailleurs, octroya à ses administrés tout un gouvernement, et plus de ministres, de consuls et de hauts fonctionnaires qu’il n’y avait assurément de contribuables dans Counani. Cette localité au nom harmonieux, se trouve dans ce qu’on appelait en ce temps-là, le « territoire contesté » parce que ce territoire sis entre la Guyane française et le Brésil, était l’objet d’une vieille querelle qu’un arbitrage suisse a terminée depuis lors, à notre défaveur.