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REVUE POUR LES FRANÇAIS

rent que la prérogative de la couronne était beaucoup trop étendue et l’Angleterre estima que les tendances autonomistes et démocratiques s’y révélaient d’une manière intolérable. Tout le monde en fut mécontent et personne n’en parla plus. Mais en Amérique on continua d’y songer.

Jusque-là, l’idée fédérale n’avait hanté que quelques esprits déliés ; elle fit son chemin dans des cerveaux plus obtus. Les peuples sont particulièrement sensibles aux leçons de choses. Le congrès d’Albany en était un. Pour la première fois, on avait eu ce spectacle d’une assemblée composée des représentants de toutes les colonies[1], la plupart hommes éminents et haut placés. La valeur des délégués, l’importance des sujets traités, tout était de nature à faire impression sur la conscience publique. Quant aux Indiens, ils se retirèrent comblés de présents mais peu rassurés sur l’avenir. La parole était maintenant au canon. La configuration du pays et la position respective des Américains et des Français devaient forcément déterminer les premiers à attaquer leurs adversaires sur cinq points différents : le fort Duquesne, clef de toute la région, située à l’Ouest des Alleghanys qui menaçait directement la Virginie et la Pensylvanie, Louisbourg d’où l’on pouvait organiser facilement des raids sur les côtes de la Nouvelle Angleterre, Niagara et Crown-Point, sur le lac Champlain ; enfin Québec, quartier général de la puissance française. Le général Braddock auquel le roi avait confié le commandement de toutes les troupes régulières et coloniales, se décida à attaquer en premier lieu le fort Duquesne. Il eût été difficile au gouvernement anglais de faire un plus mauvais choix que celui de cet officier hautain, têtu, brutal, poussant le souci de la discipline jusqu’aux limites extrême du bon sens. Il commença par réunir à Alexandria les gouverneurs des colonies et leur fit une semonce de ce que les Américains ne fussent pas encore soumis à un impôt général établi par le parlement anglais et servant à payer les dépenses de l’armée. Il écrivit à Londres pour demander qu’un tel impôt fut établi sans retard et il déchaîna ainsi la querelle qui devait aboutir à la proclamation de l’indépendance. Il exigea en outre que tous les officiers américains remplissent leur rang de simples soldats chaque fois qu’un officier anglais serait présent à

  1. La Géorgie exceptée. Elle traversait en ce moment une crise qui faillit la faire tomber aux mains des Espagnols.