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BRAMANTE

des grands espaces libres. C’est par là, c’est par ce trait qu’elle diffère le plus essentiellement de l’architecture française, de cet art gothique qui, pour avoir voulu faire prédominer la fenêtre et le vitrail, a tellement affaibli les murs qu’il en a été réduit à encombrer de piliers tous ses intérieurs. Heureux du bel effet des vitraux et des voûtes, dont la hauteur apparaissait d’autant plus grande que l’étroitesse des nefs la faisait encore plus ressortir, nos architectes ont un peu oublié que le but fondamental d’une église était d’avoir des espaces libres afin de réunir en un même groupe le peuple des fidèles. De là, entre l’idée française et l’idée italienne, au point de vue architectural, des divergences inconciliables.

Cette beauté des espaces, les anciens Romains en avaient donné des exemples admirables, et il a suffi à Michel-Ange de restaurer une de leurs ruines, une des grandes salles des Thermes de Dioclétien, pour créer une église, celle de Sainte-Marie des Anges, où la papauté trouvait les formes convenant à la grandeur de sa pensée. L’art de Michel-Ange, s’unissant à l’art de l’antiquité romaine, a réalisé un des plus puissants effets de l’architecture.

L’église de Sainte-Marie des Anges fut une forme exceptionnelle ; c’est dans le type du Gesù, mieux adapté aux besoins du culte, que se construisent les églises qui s’élèvent alors de toutes parts. Une liste de quelques-unes de celles qui furent bâties à la fin du siècle fera comprendre, mieux que tout autre développement, l’intensité du mouvement religieux à cette époque, surtout si l’on se rappelle