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BRAMANTE

ruines. Toute la douleur de cet âge sera exprimée par Michel-Ange, et rien ne peut nous la faire mieux sentir que des œuvres telles que le Tombeau de Jules II et ceux des Médicis, qu’il avait commencés sous Jules II et Léon X, pendant les jours les plus heureux de la Papauté, mais qu’il reprend sous Clément VII et Paul III, en en modifiant profondément le caractère, après avoir subi dans son cœur de Romain et de Florentin toutes les douleurs des sièges de Rome et de Florence.

L’exemple de la Tombe de Jules II est typique. Dans cette œuvre, dont les premiers projets remontent à 1509, nous voyons d’abord l’âme même de Jules II diriger la pensée de Michel-Ange. À ce pape guerrier qui rêve de délivrer, et de dominer toute l’Italie, qui a combattu et triomphé toute sa vie, Michel-Ange veut élever un monument comme seuls en eurent les Pharaons ou les empereurs romains. Quarante statues accumulées autour d’un mausolée triomphal devaient célébrer la gloire du pape conquérant. Mais lorsque, trente ans plus tard, Michel-Ange put enfin achever l’œuvre longtemps interrompue, elle sortit de ses mains méconnaissable. Non seulement les projets grandioses sont abandonnés, faute de temps et d’argent pour les réaliser, mais l’œuvre change entièrement de caractère. De joyeuse et triomphale qu’elle devait être, elle devient triste et sévère. La farouche figure de Moïse, qui ne devait être primitivement qu’une figure accessoire devient le centre du monument, le constitue pour ainsi dire tout entier et met sur tout ce tombeau une expression de