Page:Richard Hadot - Clarice.djvu/8

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ROBERT.

Pas du tout, M. Le baron.


LE BARON.

Mes offres ?


ROBERT.

Vos offres ! Cette bourse, mon éloquence, rien n’a pu le toucher. Il m’a répété de grands mots d’honneur, de probité ; enfin, son stoïque désintéressement l’a porté jusqu’à me manquer de respect, et je l’ai vu sur le point de me faire reconduire par ses gens d’une manière incivile.


LE BARON.

Après ? Que m’importe les avantures !


ROBERT.

Après ? Voici la copie d’une circulaire qui a dû paraître hier dans les papiers publics ; et bientôt toute l’Allemagne sera invitée à concourir à votre infortune, en vous faisant retrouver cette fille naturelle du Comte, votre père.


LE BARON

« Le comte Edouard de Walbrune, avant de mourir, rappèle à son héritage Poleski sa fille, fruit d’un mariage secret, qu’il contracta peu d’années après son veuvage avec Clémentine Poleski, orpheline d’un seigneur polonais. Cet enfant naquit à Dantzik. Celle qui pourra se présenter chez M. Browne, notaire dans ladite ville, munie d’un portrait du comte de Walbrune, de plusieurs lettres signées Edouard, est autorisée à partager un tiers avec les enfans dudit seigneur. La personne doit montrer aussi, pour être admise à la succession, un bracelet de cheveux semblable pour la couleur, la devise et le secret, à celui que le Comte remit entre les mains du notaire : alors elle rentrera dans tous les droits que lui a légués son père. »


ROBERT.

Croyez-moi, mon cher maître, pressez votre mariage avec à charmante Amélie d’Hasberg.


LE BARON.

Eh ! le puis-je ? Amélie ne m’aime point, et son père, trop occupé de la vengeance que j’ai moi-même attirée sur le colonel Hypolite son fils, ne veut marier sa fille qu’après avoir fait casser par le tribunal l’indigne alliance que celui-ci a contractée étant à Berlin.


ROBERT.

Qui donc a-t-il épousé.


LE BARON.

Une fille qui, ne tenant à aucune famille, n’existait que des produits des arts, qu’elle professait, dit-on, avec distinction. Il y a deux ans le fils du Comte, étant au service de l’empereur, fut blessé, fait prisonnier, conduit à Berlin,