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VIII
la chanson des gueux

duire en justice et me condamner. Mais est-ce bien à cet on, c’est-à-dire aux magistrats, que je dois m’en prendre de ma mésaventure ? Conviens avec moi que non, ô lecteur raisonnable. S’ils m’ont cru et jugé coupable, c’est qu’ils ne pouvaient faire autrement, devant le haro poussé sur moi par les soi-disant truchements de l’opinion publique ; et je ne saurais conserver de rancune qu’à l’encontre de ceux de mes confrères qui ont abusé de leur qualité d’hommes de plume pour clabauder en cette occasion comme des oies du Capitole.

Mais si, d’un côté, je n’ai rien à te dire de mon critique, que je ne connais pas, et si de l’autre je me refuse à t’égayer de quelques plaisanteries sur la Justice, avec qui je ne veux pas renouer connaissance, peut-être trouveras-tu, ô lecteur sagace, que je me suis moqué de toi, en t’entraînant à travers les papotages capricants et giratoires d’une préface absolument inutile. Au moins désirerais-tu, puisque tu as tant fait que de te montrer aussi bénévole, rencontrer ici de solides raisons, et que je prisse la peine de te prouver par arguments démonstratifs cette innocence dont je me targue en dépit de la Critique et de la Justice. Je confesse que tu n’as pas tort. Aussi bien est-ce à toi,