Page:Richepin - La Chanson des gueux, 1881.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
205
nous autres gueux

Les mets les plus différents
Étaient-là, mêlés, errants,
     Sans couleur, sans forme,
Et l’on pêchait, sans fouiller,
Aussi bien un vieux soulier
     Qu’une truffe énorme.

Faut-il hésiter ? C’est sot.
Risquons nos deux sous, Lisette.
De Platon je tiens un mot
Qu’avec Platon je répète :
Bast ! zut ! ὅ τι ἂν τυχῶ !
À l’hasard de la fourchette !
Bast ! zut ! ὅ τι ἂν τυχῶ !
J’ vas fourrer mes doigts dans l’ pot.

Que la vie est bien cela !
On pêche, on tire, et voilà
     Misère ou bombance.
Chacun n’a payé qu’un sou ;
L’un part à jeûn, l’autre soûl.
     Ainsi va la chance.
Au plus affamé parfois
Rien ne reste entre les doigts
     Qu’une asperge à l’huile.
Un vieux, qui n’a qu’une dent,
Au bout d’un tendon pendant
     Tire un os fossile.