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LA FIN DES GUEUX




Cette nuit-là, la nuit semblait encor plus noire.

Le ciel avait voilé les astres et leur gloire
Dans des nuages bas, lugubres et crevant.
Parfois, lorsque sautait un brusque coup de vent
Sifflant d’une voix rauque au bois mort d’un vieil arbre,
Le plafond ténébreux se fendait comme un marbre,
Et dans l’obscurité qui s’ouvrait tout à coup
La lune apparaissait ainsi qu’un chef sans cou.
Mais cette clarté pâle aussitôt disparue
Épaississait la nuit par son départ accrue.

Il faisait un froid mol, opaque, humide et gris.

Par moment, mes souliers dans la boue étant pris,
Je m’arrêtais, tendant vers l’ombre mes mains gourdes,
Les pieds crispés, les reins rompus, les jambes lourdes,
Ayant soif de trouver sur ma route un vivant.
Car j’étais seul, perdu ; car, derrière et devant,