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la chanson des gueux


VIII

LA GLOIRE DES INSECTES


C’est avril. C’est midi. La terre a mis son châle
De verdure et de fleurs au dessin ondoyant,
Et le ciel tend sur elle un dais de velours pâle
Que le soleil retient d’un clou d’or flamboyant.

La nature fredonne un vieux chant de nourrice
Et brode une layette en merveilleux festons ;
Car elle sent les fruits germer dans sa matrice
Et le lait de la sève arrondir ses tétons.

Nous, ses fils orgueilleux, les chefs de la famille,
Nous croyons être seuls bercés sur ses genoux.
Nous oublions toujours que son giron fourmille
De plus petits enfants aussi choyés que nous.

Si parfois nous pensons à nos frères, les brutes,
Qui devraient être rois étant les premiers nés,
C’est pour nous souvenir qu’après d’ardentes luttes
Nous volâmes leur droit d’aînesse à ces aînés.