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matelotes

I

LARGUE


Cric ! crac ! sabot ! Cuiller à pot !… Et je commence.
Je m’en vas vous filer les nœuds de ma romance
En parler mathurin comme un gabier luron
Qui s’est suivé le bec à même un boujaron.
Attention, pourtant ! Je ne me pose en maître,
Ni ne veux jusqu’à fond de cale vous en mettre.
Je ne suis pas de ces vieux frères premier brin
Qui devant qu’être nés parlaient jà mathurin,
Au ventre de leur mère apprenant ce langage.
Roulant à son roulis, tanguant à son tangage.
Et je n’ai pas non plus mon brevet paraphé,
Ni les larges fauberts en garçon de café.
Ces nageoires de la marine militaire.
Je ne suis qu’un terrien, un terrien de la terre.
Et n’eus pas même, fils d’ancêtres paysans,
L’honneur d’être embarqué comme mousse à dix ans.