Page:Richepin - La Mer, 1894.djvu/122

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
110
la mer


Sombré dans un ruisseau à sec,
Le ventre à fond de cale,
N’avait pour se calfater l’bec
Pas même un peu d’eau sale.
Et rien avec.

Par là passant deux matelots
Virent le pauvre bougre.
Lui dis’nt : — Viens lester tes boyaux
À bord de notre lougre.
Va-t-à Bordeaux.

Monta sur le plancher sans toit,
S’y fit la soute pleine,
Lécha la gamelle et ses doigts,
Puis dit au capitaine :
— Voulez-vous d’ moi ?

Savait quoi fair’ de ses pal’rons,
Mais les avait solides.
Soulève un’ vergue tout du long,
Et dit : — Quand j’suis pas vide,
Je suis d’aplomb.

— Va bien. On t’emplira, du gars
Répond le capitaine.
J’y fournirai, t’y fourniras,
Moi l’huile à ta lanterne.
Toi l’huil’ de bras.