Page:Richepin - La Mer, 1894.djvu/15

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I



Parmi les vains désirs, à l’avance déçus,
N’est-ce pas le plus fou, celui dont je me vante,
De faire dans des mots tenir la mer vivante
Avec tous ses secrets que nul n’a jamais sus ?

Sans doute. Mais pourtant, auprès d’elle, et dessus,
J’ai passé de longs jours d’extase captivante.
J’en ai bu la tendresse et mangé l’épouvante.
C’est ce que j’ai senti dont mes vers sont tissus.

Pour un si grand tableau, certes, l’étoffe est brève.
Ah ! tout ce qu’on entend, ce qu’on voit, ce qu’on rêve
Devant cet infini qui change incessamment !

Espérer qu’on l’embrasse est un enfantillage.
Bah ! Dans la goutte d’eau luit tout le firmament,
Et tout l’Océan chante au fond d’un coquillage.