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les gas


Espoir de quoi ? Que leur importe !
Ils vont vers lui, jamais lassés.
Hôtes du vieux hangar sans porte,
Mangeurs d’arlequins ramassés,
Rôdeurs des quais et des fossés
Hantés du rat et du cloporte,
Pas un ne dit que c’est assez
Et ne veut que la mort l’emporte.

Espoir de quoi ? Tout simplement
Espoir de vivre encore une heure,
L’heure qui va dans un moment
Sourire, et qui sera meilleure
Que celle d’à-présent qui pleure.
Espoir sans fin qui toujours ment,
Qui toujours accouche d’un leurre,
Et qu’on maudit, mais en l’aimant !

C’est cet espoir qui les enivre,
Qui les chauffe de ses rayons
Contre le vent, la nuit, le givre,
Qui les revêt sous les haillons,
Les nourrit, et met des paillons
Superbes dans leurs yeux de cuivre.
De quoi ça vit, ces penaillons ?
De quoi ça vit ? De vouloir vivre.