Page:Richepin - La Mer, 1894.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
185
les gas

Ils ont dégringolé dedans comme ils ont pu,
Juste à temps, au moment où le mât s’est rompu,
Où la coque a roulé vers la côte prochaine.
Plus de pont ! Plus de chambre au bon coffre de chêne !
Plus de voile ! Plus rien que leurs pauvres poings clos
Pour taper sur le mufle à la meute des flots.
Et les monstres sur eux croulent en avalanches,
Dardent leurs ongles verts, font grincer leurs dents blanches,
Leur sautent par dessus quand la barque descend,
Et tachent de les prendre à la gorge en passant.
Et l’on a beau tenir son banc d’une main forte,
Ils sont tant, qu’une gueule à la fin vous emporte.

Quand la chaloupe fut à l’eau,
Quand la chaloupe fut à l’eau,
Mon matelot tomba-a dans l’eau,
Mon tradéri tra trou lon la,
Mon tradéri tra lanlai-ai-aire !

Ah ! maintenant, c’est comme un vol d’oiseaux meurtris
Que la chanson là-bas se traîne avec des cris,
Tandis que le pêcheur disparait dans la brume.
Un vol d’oiseaux lassés, lourds, qui perdent leur plume !
Roulant et s’écorchant à la pointe des flots,
Le trille du refrain se déchire en sanglots.
Un vol d’oiseaux blessés qui ne vont que d’une aile !
O tristesse de la lointaine ritournelle !
Cette fois, en chantant, le pêcheur a gémi.
C’était son matelot, celui-là, son ami.