Page:Richepin - La Mer, 1894.djvu/238

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
224
la mer

XV

QUATRE HEURES DU MATIN


Au firmament teinté de rose et de lilas
On dirait qu’une main nonchalante et distraite
De l’aurore endormie ouvre la gorgerette
Et découvre le sein voilé de falbalas.

Mon quart est fait. Je vais me coucher. Je suis las.
Mais avant, toi que j’aime et que mon œil regrette,
Je veux te dire adieu, céleste pâquerette,
Dernière étoile qui dans l’ombre étincelas.

Adieu, jusqu’à ce soir, fleur du jardin nocturne,
Dont le calice clair, incliné comme une urne,
Versait à mes regards son vin de rayons blancs.

Adieu ! Ton feu pâlit dans l’air plus diaphane ;
Et repliant sur toi tes pétales tremblants,
Parmi les prés d’azur ton bouton d’or se fane.