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la mer


Qu’il soit savant ou poëte,
Nul ne connaît ton tourment.
Pourtant tu n’es pas muette.
Tu parles même en dormant.

Tu parles au roc, au sable.
À n’importe qui, toujours,
Et ton conte intarissable
Tu le contes même aux sourds

Tu le contes à l’espace,
Vide et désert cependant.
Le moindre souffle qui passe,
Tu le prends pour confident.

Mais tes lèvres si bavardes
Parlent de tout, excepté
Du grand secret que tu gardes
Malgré ta loquacité.

Garde-le donc, cachottière,
Sous tes flux et tes reflux,
Comme dans un cimetière
D’où les morts ne sortent plus.

Garde ce mot de ton être ;
Et que les faibles esprits
T’adorent sans te connaître
Comme un mystère incompris !