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les grandes chansons


Sous l’atmosphère dont le vide lourd accable
Plus rien ne bouge au ras du sol, au haut des airs.
Et le soleil tout nu verse sur ces déserts
Ses feux dévastateurs dans l’azur implacable.

Plus d’eau ! Plus de vapeurs ! Un hâle universel !
La plante se flétrit et l’animal se couche.
Le souffle moribond de la dernière bouche
Dans l’espace altéré se cristallise en sel.

La chair même n’a pas le temps de se dissoudre
En grasse pourriture où grouillent les ferments.
Le liquide pompé, tout devient ossements
Que le sel aussitôt encroûte de sa poudre.

Partout il se condense, il enveloppe, il mord,
Il tue, et cependant qu’il tue, il purifie ;
Car la mort ne doit plus putréfier la vie,
Car la vie a cessé de naître de la mort.

Et chaque jour il serre une autre bandelette
Autour du globe étreint sous son embrassement,
Pour le conserver pur incorruptiblement.
Suaire immaculé qui couvre un blanc squelette.

*


Mais vous êtes encor lointains,
Sombres destins,
Et pendant qu’ici je vous rêve,