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la mer


Alors, si par hasard resté dans quelque trou,
Un d’entre eux surgissant tout à coup se réveille,
Les hommes de ces jours crieront à la merveille ;
Celui qui l’aura vu passera pour un fou.

Ainsi, gens d’aujourd’hui, nous déclarons grotesque
La légende trouvée aux livres des aïeux
Qui racontent sans rire avoir vu de leurs yeux
Ou grand serpent de mer, ou poulpe gigantesque.

Et qui sait cependant si dans ces temps lointains
Il ne subsistait pas encor sous la même onde
Des êtres échappés au trépas de leur monde,
Survivantes lueurs des ancêtres éteints ?

Qui sait s’il n’en est plus, et si les eaux secrètes
N’ont pas des plis sans fond, gouffres inviolés,
Où le serpent de mer (riez, si vous le voulez !)
Où le kraken-montagne, ont gardé des retraites ?

En ces creux qui jamais ne voient le jour vermeil,
Que les phosphorescents peuplent seuls de lumière,
Dans la sécurité d’une paix coutumière
Ces monstres sont peut-être et dorment leur sommeil.

Des grottes d’une lieue, arrondissant des salles
Où mènent les détours de labyrinthes noirs,
Aux hôtes effrayants servent de promenoirs,
Pour étendre à loisir leurs formes colossales.