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les grandes chansons


Je dirai comment l’infusoire
S’exhala de vous. Je dirai…
Mais quoi ! De quel rêve illusoire
Mon orgueil s’est-il enivré ?
Moi, petit, elles, peuple immense,
Puis-je croire dans ma démence
Qu’en moi je les embrasserai,
Et qu’il suffira de mes phrases
Pour qu’à tous les yeux tu t’embrases,
Abîme noir qui les écrases
Et que nul œil n’a pénétré ?

Rien que pour nommer au passage
Chacune en la notant d’un trait
Qui remémore son visage,
Sa couleur, sa forme, il faudrait
Plus qu’un Valmiki, qu’un Homère,
Un nomenclateur de chimère
Au flux de verbe sans arrêt.
Dont la parole infatigable
Criant vocable sur vocable
Se déroulerait comme un câble
Et comme un torrent rugirait.

Or le temps n’est plus où ma race
Avait ces robustes poumons.
Pauvres chanteurs qu’un rien harasse.
Pour une ode que nous rimons
Un peu trop haut, d’une voix pleine,
Nous voilà fourbus, hors d’haleine,