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la mer


Mère admirable, grâce et beauté sans égale,
Rien qu’à te contempler, sûr de ne point t’avoir,
D’ambroisie à plein cœur déjà l’on se régale.

Nectar des yeux, soma des pensers, réservoir
Débordant de splendeurs, de rêves, de féeries,
Pour être saoul d’amour il suffit de te voir,

Mère admirable dont les vagues sont fleuries
Quand le couchant ou l’aube au rais papillotants
Sèment tous les métaux, toutes les pierreries,

Tous les écrins du prisme en reflets miroitants,
Tout l’arc-en-ciel dansant sur ton sein qui chatoie,
Mère admirable ayant chaque jour deux printemps !

Mère admirable quand, tel qu’un oiseau de proie,
Sur toi plane à midi le féroce soleil
Dont le vol immobile et dont l’œil qui flamboie

Silencieusement fascinent ton sommeil,
Tandis qu’une pudeur trouble ta chair, et semble
Y faire à fleur de peau monter un sang vermeil !

Mère admirable où dans la nuit palpite et tremble
Le triste et doux visage en pleurs du firmament ;
Ruche où, le soir venu, se retrouvent ensemble

Les abeilles du ciel à l’aurore essaimant ;
Hôtellerie où las de leur course orageuse
Les coureurs d’infini reposent en s’aimant ;