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la mer

XVI

LA FÊTE DU FEU


C’est la fête du feu. Sur l’eau même il est dieu.
Aucun souffle éventeur n’en rafraîchit l’effluve.
Le soleil le vomit à flots, comme un Vésuve
Qui de ses laves d’or couvre tout peu à peu.

Le ciel semble du soufre ardent qui flambe bleu.
La mer, plate, immobile, où pèse un air d’étuve.
Est de l’argent fondu fumant dans une cuve.
L’eau ne paraît plus d’eau. C’est la fête du feu.

C’est la fête du feu jusque dans les ténèbres.
La nuit le roule en vain sous ses voiles funèbres :
Les flots, aidés du vent, tâchent de le noyer ;

Invincible, le dieu ne veut pas rendre l’âme :
Il lutte ; et, devenus eux-mêmes son foyer,
Les flots phosphorescents sont écaillés de flamme.