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ſes mains : Car bien que la Mer ſoit ſi à craindre, que le ſeul mouuement de ſes vagues eſpouuante l’homme ; ſi eſt-ce que nous voyons par eſpreue qu’à la faueur d’vn ſimple nauire, il oſe bien ſe fier à ce barbare Element, dont on ne ſçauroit s’imaginer la vaſte eſtenduë, & ne trembler pas, à moins que d’eſtre plus inſenſible que les eſcueils qui s’y treuuent. Cela fait dire au plus excellent des Poëtes Lyriques,

Qu’il falloit que celuy portât armé le ſein
___De trois ramparts d’airain,
Qui le premier de tous ſur la Mer inconſtante
___Mit ſa barque flottante.


Connoissance. XXIX.


ELle tient vn flambeau en vne main, & en l’autre vn Liure ouuert, qu’elle regarde attentiuement.

Le flambeau allumé ſignifie, Que comme les yeux du corps ont beſoin de la lumiere pour voir, ceux de l’ame tout de meſme, pour s’acquerir la connoiſſance des eſpeces intelligibles, doiuent recourir à l’inſtrument exterieur des ſens, & particulierement à celuy de la veuë : Car c’eſt la maxime d’Ariſtote, Qu’il n’y a rien dans l’entendemẽt qui n’ait eſté premierement dans les ſens ; ce qui nous eſt auſſi denoté par le Liure ouuert, eſtant certain que pour connoiſtre les choſes, il faut neceſſairement ou les voir, ou les auoir leuës.


Conseil. XXX.


IL nous eſt repreſenté par vn Vieillard, veſtu d’vne longue robe d’eſcarlate. Il porte à ſon col vne chaiſne d’or, où pend vn cœur pour Medaille ; vn Liure Eth. I. 6. c. 9. en ſa main droite, & vn Hibou en la gauche. Le Conseil, dit Ariſtote, eſt vne meure deliberation, qui ſe fait des choſes qu’on examine auecque prudence, & où l’on ſe propoſe vne fin vtile. On le peint en Vieillard, pource qu’il n’eſt iamais ſi bon, que lorsqu’il nous eſt donné par des perſonnes aagées, en qui la Theorie des ſciences & la practique des choſes du monde Iliad. 1. ſont jointes enſemble. C’eſt pour cela que le iudicieux Homere fait aagé de trois cens ans le prudent Neſtor Conſeiller Iliad. 4. d’Agamemnon, & qu’en vn autre endroit de ſon Iliade, il l’in-