Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/107

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la multiplication des abécédaires, réclamer des solutions pour les problèmes et des souliers pour les pieds nus.

Même dans la Légende des siècles en dépit de tels fragments superbes, on désirerait parfois plus de recul, un éclairage lunaire, les tuniques pâles et mauves de la légende… C’est trop de l’histoire, de la peinture d’histoire ; comme souvent ailleurs c’est trop d’éloquence, d’affaires contingentes et éphémères.

Mais ce tempérament poétique est une force indomptable et inépuisable. L’écrivain a plus encore que du génie. Il a la Puissance Verbale poussée jusqu’à devenir presque un élément. Son œuvre est le vent, les nuées ; elle est la mer, depuis la date de l’exil surtout, comme si elle devint à l’image et à la ressemblance de cet océan avec lequel il eut la chance de devoir vivre seul à seul, se confronter et s’harmoniser.

N’est-ce, point en effet, pour l’avoir longtemps regardé qu’il a pu dire un jour magnifiquement : les flots qui toujours se reforment ?

Or, ses vers aussi toujours se reforment, s’engendrent l’un de l’autre, gonflés et creux parfois, mais ils ont la voix de l’abîme.

Toute l’œuvre rend le son de l’infini.