Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/154

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M. OCTAVE MIRBEAU




On pourrait dire de M. Octave Mirbeau qu’il est le don Juan de l’Idéal.

Don Juan est le grand incontenté. Il a une curiosité inquiète, des aspirations infinies et peut-être aussi un goût des expériences. Il appartient à cette famille des lunatiques dont il est parlé dans Baudelaire : « Tu aimeras le lieu où tu ne seras pas, l’amant que tu ne connaîtras pas… » Toujours changer, se quitter, chercher ailleurs, versatile pèlerin de l’amour ! Tirso de Molina le vit passer dans les oratoires de Séville, guettant quelque infante aux yeux tristes, lui-même pâle comme la cire du chandelier, Molière aussi le rencontra, et Mozart qui nota l’harmonie de ses plaintes, et Byron et Musset. Personnage fuyant, inassouvi, énigmatique surtout. Il a sur la face un sourire, car le sourire seul est énigmatique. Mais son sourire est plus proche des larmes que du rire. Il apparait le plus triste d’entre les hommes pour avoir voulu l’absolu. Pourtant son obsession était restreinte ; elle fut