Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/178

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M. ANATOLE FRANCE




M. Anatole France, quand il fut candidat à l’Académie, se présenta en même temps à deux fauteuils vacants, non point par insistance ou esprit d’accaparement, mais par subtile discrétion. C’était une façon de dire à l’Académie qu’il s’en remettait à elle, prononcerait l’éloge de l’un ou de l’autre défunt, au meilleur gré de la noble Compagnie. Ceci encore était bien de sa manière, ondoyante et polie.

Au physique déjà, il a un visage asymétrique, et des yeux de rêve qui contredisent doucement un menton de volonté, une bouche voluptueuse cachant son piment dans une barbe indécise. Tête de moine savant qui aurait compulsé des in-folio et des incunables en la bibliothèque de quelque couvent d’Italie, et en même temps, dès qu’il parle, bonne grâce et raffinée urbanité d’un grand seigneur de salon français qui doit enchanter les belles personnes. Pour comprendre ces mélanges, il suffit de songer à une chose : M. France est né au quai Voltaire, « le lieu le plus illustre et le plus beau du monde », dit-il. Mais