Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/191

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à Paris, sitôt après l’article de Lamartine. Ne fallait-il pas s’en aller remercier le maître des Méditations pour sa louange qui fut comme un sacre ? Mais il fallait aussi, à Paris, remercier Dieu, et au préalable… Donc, il se rendit à Notre-Dame où le P. Félix était alors prédicateur en vogue, se confessa à lui, communia avec des gars de là-bas qui l’accompagnaient, avaient quitté, pour lui, leurs mas qui sont dans des jardins…

C’est alors que Barbey d’Aurevilly le rencontra, avec ce franc port de tête qu’il a gardé, les cheveux souples et un peu longs, sa moustache de mousquetaire dont l’air désinvolte se corrige par des yeux d’horizon où court une lumière claire — et une tenue sobre, de parfaite correction.

En le voyant ainsi, Barbey d’Aurevilly, désappointé, s’écria : « Comment, monsieur, vous n’êtes donc point un pâtre ? » S’il n’en avait pas le costume, il en avait l’âme, et il l’a gardée. Précieux trésor sauvé en lui, conservé jalousement, loin du contact des villes. Le beau et le touchant de sa vie, c’est qu’il soit resté dans son village ; que malgré la gloire tout de suite conquise — et on sait ce que cela implique dans Paris : adulations, faveurs, argent, femmes, — il n’ait pas quitté ce doux Maillane, proche d’Avignon, assez contenté de promener son ombre sur cette Place où, comme il dit, des