Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/236

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.




BESNARD




Malgré l’apparente variété infinie des visages humains, il semble que ceux-ci se réduisent en fin de compte à quelques types essentiels. On pourrait dire la même chose des âmes, surtout s’il s’agit des âmes d’artistes. C’est à croire en la métempsycose, tant on retrouve tout au plus quelques espèces d’âmes, réincarnées sans cesse au long des siècles et des races. Chaque peintre, chaque poète a son Sosie de talent ou de génie dans le passé. Il ne lui doit rien assurément ; il n’en est pas moins très moderne, très original ; il a ses moyens d’art personnels, une vision neuve. Il pense, il conçoit, il exécute selon son rêve propre. Il ne refait en rien l’œuvre du prédécesseur qu’il évoque ; mais on sent que ce prédécesseur, s’il revivait, ferait aujourd’hui la sienne. Ressemblance d^âme allant jusqu’à l’identité ! Et les vies alors sont parallèles aussi. Il y a des exemples singuliers de ce cas, dans l’histoire de l’art et des lettres. Est-ce que Paul Verlaine n’est pas Villon revenu ?