Page:Rodenbach - La Jeunesse blanche, 1913.djvu/185

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LA NUIT VIENT…


 
La nuit vient, le couchant s’éteint comme un grand âtre,
Le feuillage qui mue est moins vert que bleuâtre ;
Et tel arbre, qui sous trop de soleil pliait,
Cligne des feuilles, bouge, et s’avoue inquiet
En un frémissement de douleur musicale.
Entre les rameaux drus le couchant s’intercale
Et met des fonds de rose ancien, de gris cendré
Où le soleil éteint survit, comme filtré,
Et langoureusement dans l’arbre persévère,
Interstices en feu, comme peints sur du verre ;
Et l’arbre, dans le soir, s’offre, délimité,
L’air d’un vitrail où tombe un jour d’éternité.


1891