Page:Rodenbach - La Jeunesse blanche, 1913.djvu/74

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CHANTEUSE D’OUBLI


 
Oublier ! ce n’est pas sa faute ni la mienne !
Car l’amour n’est vraiment qu’une bohémienne
Arrêtée un matin devant notre maison
Avec, dans ses yeux clairs, tout le vaste horizon
Du ciel bleu reflété comme au fil d’une source.
La voyageuse va recommencer sa course,
Mais, dans un frôlement, ses longs doigts cajoleurs
Papillonnent autour de sa guitare en fleurs
Dont le manche courbé ressemble au cou des cygnes.
Elle a vagabondé sous bois et dans les vignes
Et nous chante un moment la chanson d’oublier.
Coquette, elle nous tend son rouge tablier