Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/605

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et qui désirerait y joindre la recette des gabelles tout récemment vacante par la mort du receveur ; il [est] assez connu, estimé, chéri des fermiers généraux, ou du moins de plusieurs d’entre eux, pour espérer beaucoup de leur part ; mais il faut l’agrément du contrôleur général : c’est lui qui accepte et qui souvent fait nommer ; c’est précisément ce qu’il importerait d’en obtenir dans cette circonstance, parce que les places de ce genre sont ordinairement demandées par des personnes de considération dont le crédit ne laisse pas aux fermiers la liberté du refus, lors même qu’ils auraient des protégés en faveur desquels ils préféreraient d’en disposer. Je sais que vous connaissez plus de savants que de gens de finance, mais enfin il peut se trouver dans vos relations quelque personne bonne à employer, et alors je la requiers ; c’est tout dire à votre amitié. Voici les raisons à faire valoir pour notre parent… Mais je songe qu’il vaut mieux les exposer en forme de mémoire, et je vais en joindre ici un, que vous mettrez au net pour en user comme il conviendra ; car je me rappelle que tous les gens sollicités demandent toujours un mémoire, l’affaire fût-elle la plus simple du monde. J’ai pensé que M. de La Blancherie, qui a des relations dans la maison de Polignac, et qui sûrement n’est pas gauche, pourrait peut-être vous[1] servir. Je sais que, dans cette maison et bien d’autres, on parle comme Jupiter apparaissait à Danaé, mais vous saurez aussi que nous sommes accommodants et que la personne intéressée payerait bien le succès d’une centaine de louis. Sur ces renseignements, faites de votre mieux et apprenez, par occasion, à vous y prendre comme il faudra peut-être faire un jour pour votre propre compte. Vous vous souvenez comment je retournais mes gens dans le voyage que nous avons fait là-bas ; sus donc et bon courage ! J’écris au bonhomme M. Faucon : vous me feriez grand plaisir de le voir pour suivre l’effet de ma demande, c’est pour la même affaire. Il n’est guère à Paris que du mardi au vendredi de chaque semaine, hôtel de Noailles, rue de l’université. Je vous donne là des soins qui ne s’accordent guère avec vos goûts ; mais je

  1. Madame Roland avait d’abord écrit nous ; puis, sans doute parce qu’il s’agissait de La Blancherie, elle a corrigé et a mis vous.