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[À BOSC, À PARIS[1].]
19 août an ive (1792), — [de Paris].

Il faut que vous vous arrangiez pour que votre administration donne a Le Maire[2] un congé d’un mois ; nous avons besoin de ce temps-là pour le faire endoctriner les soldats. Son style est bon, et voilà le moment de bien l’employer. J’allais le prendre pour m’en exprimer ; mais cela ne coule pas chez moi. Adieu, faites cela vite pour la patrie. Je vous embrasse de tout mon cœur.

  1. Collection Alfred Morrison.
  2. « Antoine Lemaire, commis aux Postes, rue Guénégaud, n° 20 ; 32 ans, électeur de la section des Quatre-Nations (depuis de l’Unité) », Alm. nat. de 1793, p. 374. Membre du club des Jacobins dès décembre 1790. « Lemaire, rue Guénégaud, n° 20 » (Aulard, I, lx). Il resta l’ami de Bosc, qui écrivait à Champagneux, de Bordeaux, en 1796, au moment de s’embarquer pour les États-Unis : « Tout le monde m’abandonne. Je n’ai encore reçu que deux lettres de Lemaire » (ms. 6241, fol. 309-310).

    C’est lui qui inaugura dans le journalisme le type du « père Duchêne », dans des séries de pamphlets de 1789 à 1792, dont M. Tourneux (nos 11486 et suiv.) donne la liste : « Les vitres cassées par le véritable père Duchêne ». — « Lettres bougrement patriotiques du véritable père Duchêne. » — « L’ami des soldats, par l’auteur des Lettres bougrement patriotique », etc. Cf. Hatin, p. 192-192. — D’après Quérard (France littéraire), il serait né à Montargis, le 30 novembre 1758 (ce qui lui donnerait, en 1793, 34 ans et non 32), et aurait été, après la Terreur, archiviste du Directoire.


    C’est le 16 août 1792 que Lemaire avait commencé la publication d’un journal, Lettres du père Duchêne » (voir Tourneux, 10796), et, comme on le voit, c’est aussitôt alors que Madame Roland le met en réquisition. Il faut sans doute rapporter au même moment l’« Adresse à la jeunesse française, etc. », appel aux armes, signé : « Lemaire, commis aux Postes, auteur de la Trompette du vrai père Duchêne et rédacteur du Courrier de L’Égalité » (Tourneux, 8575).

    Lemaire, ami de Bosc et de Louvet, et qui, sous le Directoire, reparaît comme imprimeur et journaliste, mériterait une notice plus étendue. Il suffit ici de monter son rôle en 1792, ses rapports avec les Roland, et de constater l’intervention de Madame Roland pour mettre la presse populaire en mouvement.