Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/381

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peuvent donner aux choses, il pourrait en résulter non seulement qu’on n’obtînt rien, mais qu’on s’attirât une disgrâce complète.

Il faudrait un crédit extrême pour déterminer ce ministre à faire une lettre aussi pressante qu’elle serait nécessaire ; il faudrait, par l’un de ces coups de fortune rares, que le contrôleur général eût un système sur l’administration du commerce et que ce système se trouvât dans tes principes ; il faudrait qu’il eût encore le temps et la volonté d’apprécier ceux-ci.

Résumé de Mlle de la B[elouze] : le plus sûr, le plus prudent, le plus sage serait de solliciter la retraite en même temps que la grâce en question[1] ; elle est persuadée que l’une favoriserait l’autre et que la joie de t’éloigner les ferait te seconder. Ils ne peuvent croire que tu n’aies pas d’autres vues ; des Lettres leur paraissent une chimère qui n’aboutit à rien ; ils ont devant leurs yeux Dupont placé contre leur gré, dont les principes les font enrager ; ils disent qu’il faudrait renoncer à être Intendant du commerce si tu étais avec lui. Enfin ils ont dit maladroitement leur secret : mais ils paraissent autant adroits qu’acharnés à te donner des torts. Je dois retourner demain chez Mlle de la B[elouze] pour conférer de nouveau et reprendre les papiers ; elle sent la nécessité d’instruire Mme d’Arbouville par devoir, honnêteté, et pour éviter de la compromettre. Je rumine toutes ces choses, j’attends le brave Flesselles[2] ; nous verrons. En attendant l’issue quelle qu’elle soit, ménage-toi, santé et paix ; nous pouvons encore jouir de tout ce qu’il faut pour le bonheur, malgré tous les Intendants du monde. Le certificat de celui d’Amiens est une excellente chose, car les autres se prévalaient bien haut des crises passées. Je ne dors plus tant, mais j’ai un terrible appétit et, pourvu que tu te portes bien, que tu sois tranquille, je ne m’inquiète de rien.

  1. Les Lettres de noblesse.
  2. Flesselles était à Paris pour solliciter précisément auprès de M. de calonne, un privilège pour la machine à filer le coton (le Mull-Jenny, perfectionné par Arkwright) que son associé Martin venait d’introduire en France. On va voir que Flesselles avait des relations singulièrement nombreuses, ne doutait de rien, et allait lancer Madame Roland, sans succès d’ailleurs, dans toutes les directions où l’on pouvait aboutir à M. de Calonne.