Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/153

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vous manque. Comme je voudrais vous aider ! Je vous vois, dans l’atelier, les vitres engivrées : Célestine a l’onglée, elle frotte ses doigts contre le dos du minet. Toi, tu n’as jamais froid, tu vas, tapant du pied et bousculant ton monde, afin de les dégeler. Mais dans notre grand lit, quand il faut se coucher, les draps sont rèches. Enfin ! le jour, au moins, vous pouvez vous promener, aller, venir ; et quand on peut se remuer, c’est encore beaucoup. Si je pouvais bouger ! Je suis obligé de te dire que les médecins ont trouvé qu’ils devaient me couper la cuisse. Alors, que voulez-vous ! moi, je n’y connais rien, et je me laisse faire. Mais comme je suis tellement faible, et que j’ai peur de leur passer entre les mains, j’ai voulu vous l’écrire, pour vous embrasser avant. Quoiqu’il faut avoir toujours espoir de s’en sauver. Je reviendrai, peut-être. Peut-être je ne reviendrai pas. Je t’en prie, ma chère femme, ne te fais pas de mauvais sang, ce n’est pas de ma faute, et sois persuadée que je ferai tout mon possible pour m’en sortir. Mais si le malheur voulait, eh bien, tu es encore jeune, tu peux te remarier, je ne suis pas un objet rare, les hommes comme moi, on trouve le remplaçant. Pourvu qu’il soit honnête, bon travailleur, et qu’il te respecte. Ce n’est pas que ça me réjouisse de te savoir avec un autre. Mais il me faut que tu sois