Page:Ronsard - Choix de poésies, édition 1862, tome 1.djvu/166

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
III.


CHANSON.


 
Plus étroit que la vigne à l’ormeau se marie
De bras souplement forts,
Du lien de tes mains, maîtresse, je te prie,
Enlace-moi le corps.

Et feignant de dormir, d’une mignarde face
Sur mon front penche-toi :
Inspire[1], en me baisant, ton haleine et ta grâce
Et ton cœur dedans moi.

Puis, appuyant ton sein sur le mien qui se pâme,
Pour mon mal apaiser,
Serre plus fort mon col et me redonne l’âme
Par l’esprit d’un baiser.

Si tu me fais ce bien, par tes yeux je te jure,
Serment qui m’est si cher,
Que de tes bras aimés jamais autre aventure
Ne pourra m’arracher ;

Mais, souffrant doucement le joug de ton empire,
Tant soit-il rigoureux,
Dans les champs Élysés une même navire[2]
Nous passera tous deux.

Là, morts de trop aimer, sous les branches myrtines
Nous verrons tous les jours
Les anciens héros auprès des héroïnes
Ne parler que d’amours.

  1. Inspire : souffle.
  2. Navire était alors du féminin, comme le latin navis.