Page:Rosenthal - La Peinture romantique, 1900.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LIVRE PREMIER

AVANT LE COMBAT

CHAPITRE PREMIER


L’HÉGÉMONIE DE DAVID[1]

En 1815, au moment où s’ouvre la période dont nous entreprenons l’étude, les sentiments qui animaient la grande majorité ou la presque totalité des artistes français n’étaient pas différents de ceux qui les avaient dominés pendant tout l’Empire, et l’opinion publique, elle-même, n’avait pas été sensiblement modifiée.

Les peintres se considéraient, pour la plupart, comme les champions d’une même cause et ne distinguaient pas leur gloire de la gloire commune de l’École Française.

À leurs yeux, comme aux yeux de tous les amis des arts, à cet instant ainsi que dans les années précédentes, l’École Française n’était pas seulement la réunion des artistes les mieux doués et les plus célèbres de l’Europe, c’était aussi un corps uni pour la défense et l’illustration d’une esthétique dont les formules étaient indiscutées ; c’était une armée fidèle à son chef et fière de son drapeau. Tous les efforts concouraient, encore, à la splendeur de l’École : l’originalité n’avait pas cessé d’être redoutée. Le devoir le plus impérieux, pour un artiste, était, toujours, de se conformer aux règles de l’École ; transgresser ces règles était la moins pardonnable des erreurs.

Les principes, devant lesquels s’inclinaient ainsi toutes les volontés, avaient

  1. Pour la bibliographie de ce chapitre, consulter Fr. Benoît, L’Art français sous la Révolution et l’Empire, Paris, 1897.