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CHAPITRE CINQUIÈME

LES CAUSES ESTHÉTIQUES DE LA RÉVOLUTION

Un véritable peintre est surtout sensible aux impressions artistiques. Les événements politiques, si importants soient-ils, les transformations de pensées ou de croyances agissent moins sur son esprit que la vue d’un tableau exécuté par des procédés à lui inconnus. C’est par l’œil surtout qu’il pense ; c’est par l’œil qu’il reçoit les suggestions qui modifieront sa manière. Ces suggestions nouvelles n’ont pas manqué aux peintres du début de notre siècle. Dans l’atelier de David lui-même, dans les musées, par les remarques techniques des critiques d’art, ils ont appris à mesurer les limites étroites d’une esthétique que tant de raisons extérieures accusaient, nous venons de le voir, d’insuffisance. Nous allons chercher comment leurs idées artistiques ont pu être ainsi modifiées.

Le réformateur et le chef même de l’École, David n’avait pas dévié de ses propres doctrines les jours seuls où il célébra la Révolution française ou la gloire impériale ; non seulement il y avait dans son enseignement des contradictions journalières et des variations, auxquelles on a peut-être attaché, dans ces derniers temps, trop d’importance, mais il avait négligé d’asservir à des règles tonte une partie de l’art pictural, toute une partie de son œuvre, je veux parler du Portrait.

David n’avait pas commis le ridicule d’invoquer les plâtres antiques pour fixer les traits d’un conventionnel ou d’un musicien. Quelques-uns de ses disciples purent, par une extension intempérante doses préceptes, représenter leurs contemporains les moins qualifiés sous un aspect héroïque ; il sut éviter celte faute et, quand il aborda le portrait, il ne s’y préoccupa que du seul mérite de l’exactitude.

11 avait posé, comme les deux lois de la peinture : le respect du modèle et celui de l’antiquité. Il n’est point étonnant qu’en un genre où l’une de ces obligations disparaissait, l’autre subsistât seule et plus impérieuse. David développa, dans le portrait, ce besoin aigu de la réalité qu’il avait laissé percer dans le