Page:Rosny - La Guerre du feu.djvu/97

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bête colossale. Arrivé à cinquante coudées, Naoh reprit la parole :

— Voici ! Nous avons arraché ces plantes pour que tu puisses en faire ta pâture. Ainsi, tu sauras que les Oulhamr sont les amis du mammouth.

Et il se retira.

Curieux, le géant s’approcha des racines. Il les connaissait bien ; elles étaient à son goût.

Tandis qu’il mangeait, sans hâte, avec de longues pauses, il observait les trois hommes. Quelquefois il redressait sa trompe pour flairer, puis il la balançait d’un air pacifique.

Alors Naoh se rapprocha par des mouvements insensibles : il se trouva devant ces pieds colosses, sous cette trompe qui déracinait les arbres, sous ces défenses aussi longues que le corps d’un urus ; il était comme un mulot devant une panthère. D’un seul geste, la bête pouvait le réduire en miettes. Mais, tout vibrant de la foi qui crée, il tressaillit d’espérance et d’inspiration… La trompe le frôla, elle passa sur son corps, en le flairant ; Naoh, sans souffle, toucha à son tour la trompe velue. Ensuite il arracha des herbes et de jeunes pousses, qu’il offrit en signe d’alliance : il savait qu’il faisait quelque chose de profond et d’extraordinaire, son cœur s’enflait d’enthousiasme.



IV

L’ALLIANCE ENTRE L’HOMME ET LE MAMMOUTH


Or Nam et Gaw avaient vu le mammouth venir auprès de leur chef : ils conçurent mieux la petitesse de l’homme ; puis, quand la trompe énorme se posa sur Naoh, ils murmurèrent :