Page:Rosny - La force mystérieuse, 1914.djvu/62

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les lumières étaient éteintes vers l’Odéon ; le bas du boulevard apparaissait comme un abîme noir, où miroitaient confusément des casques et des cuirasses. Par intervalles, la cavalerie faisait une charge, – à vide. On entendait sonner la ferraille, on voyait surgir une masse équestre ; la foule mugissait épouvantablement. Cette foule hétérogène, où les révolutionnaires se décelaient rares, ne songeait guère à combattre. Continuellement traversée par des remous de rage et des remous de panique, elle subissait une surexcitation mystérieuse, que partageait la soldatesque.

Par intervalles, il s’élevait une longue plainte, et l’on devinait que des blessés gisaient dans la ténèbre… Mais le drame était plus loin : au quartier latin, les révolutionnaires avaient subi une défaite et, après la destruction des réverbères ou le sac de quelques boutiques, ils étaient allés rejoindre les hordes qui submergeaient le boulevard Saint-Germain, les quais, le Louvre et les Champs-Élysées.