Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/89

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(Il reprend.)
Je disais donc…

(Avec un éclat de rage dans la voix.)

Je disais donc…Mordious !…

(Il continue d’un ton naturel.)

Je disais donc…Mordious !…que l’on n’y voyait rien.

(Stupeur. On se rassied en se regardant.)

Et je marchais, songeant que pour un gueux fort mince
J’allais mécontenter quelque grand, quelque prince,
Qui m’aurait sûrement…


Christian.

Qui m’aurait sûrement…Dans le nez…

(Tout le monde se lève. Christian se balance sur sa chaise.)


Cyrano, d’une voix étranglée.

Qui m’aurait sûrement…Dans le nez…Une dent, —
Qui m’aurait une dent… et qu’en somme, imprudent,
J’allais fourrer…


Christian.

J’allais fourrer…Le nez…


Cyrano.

J’allais fourrer…Le nez…Le doigt… entre l’écorce
Et l’arbre, car ce grand pouvait être de force
À me faire donner…


Christian.

À me faire donner…Sur le nez…


Cyrano, essuyant la sueur à son front.

À me faire donner…Sur le nez…Sur les doigts.
— Mais j’ajoutai : Marche, Gascon, fais ce que dois !
Va, Cyrano ! Et ce disant, je me hasarde,
Quand, dans l’ombre, quelqu’un me porte…


Christian.

Quand, dans l’ombre, quelqu’un me porte…Une nasarde.


Cyrano.

Je la pare et soudain me trouve…


Christian.

Je la pare et soudain me trouve…Nez à nez…