Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/110

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L’ÉVASION



Au jour convenu, le père Jean Godin et mon ami L… se rencontraient sur le même rocher. Après les salutations d’usage, le père Jean termina le récit des aventures de son grand-père et de Pierre Léveillé, dans les termes suivants :

« C’était le 14 juillet 1760, entre 9 et 10 heures du soir. Le temps était très calme, une pluie fine tombait comme une rosée bienfaisante sur le fleuve Saint-Laurent ; pas une étoile ne brillait au firmament et la nuit était très noire. Tout à coup apparaît, non loin du rivage des Écureuils, une chaloupe montée par deux hommes taillés en Hercule, ayant tête et pieds nus et vêtus seulement d’un pantalon et d’une chemise. Ces deux nautonniers étaient tout, en sueurs, mais ils continuaient néanmoins de ramer avec une vigueur extraordinaire ; et leur embarcation, qui semblait voler sur la surface de la plaine liquide, contourna bientôt la Pointe-à-Pagé et entra dans l’anse, — cette pointe est ainsi nommée