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RÊVES DÉÇUS


Au poète Louis Labat.


J’ai rêvé de l’or les fauves ivresses
Et pour un instant changé mon destin ;
Mais quand j’ai voulu m’asseoir au festin
J’en ai deviné les lois vengeresses.

J’ai rêvé la gloire et ses allégresses
Et j’avais dompté son royal dédain ;
Mais elle n’est pas le bonheur certain
Car j’en ai senti les sombres détresses.

J’ai rêvé l’amour pur comme un ciel clair ;
Mais le Dieu vainqueur m’a mis dans la chair
L’ardent aiguillon de ses convoitises ;

Et, péniblement, suivant le chemin
Qui voyait surgir toutes mes hantises,
J’ai pris en pitié l’Idéal humain.



SPLEEN


À Maurice Rollinat.

I


Le tictac de la pendule
Berce mon isolement
Dans ma chambre où, lentement,
La nuit suit le crépuscule.

Vers l’âtre où le tison brûle
J’étends mes pieds mollement,
Le tictac de la pendule
Berce mon isolement.

Dehors le hibou module
Un plaintif hululement,
Et si régulièrement
Que l’on dirait qu’il simule
Le tictac de la pendule.


II

Dans le vague qui m’oppresse,
Pris comme en un morne étau,
On dirait que mon cerveau
Se complaît dans sa détresse.

De l’implacable tristesse
Je sens le subtil réseau,
Dans le vague qui m’oppresse,
Pris comme en un morne étau.

Et je songe à ma jeunesse
Qui fuit lambeau par lambeau,
Tandis qu’un hideux tombeau
Semble se dresser sans cesse
Dans le vague qui m’oppresse.

Achille Rouquet.


Directeur littéraire : ALBERT de NOCÉE. Bruxelles, 69, rue Stévin, 69.