Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/115

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

LE CONCILIABULE INFERNAL.

----


satan.


Banni du ciel natal, j’ai bâti sur la terre,
Avec l’autel brisé, mon trône populaire !
Je suis maître du monde, établi dans la chair ;
J’y suis maître et j’y règne aussi bien qu’en Enfer !
C’est le royaume étroit du chiffre et de la prose,
Où ma haine ose tout et peut tout ce qu’elle ose !
C’est le menteur théâtre, où la difformité
Emprunte, pour séduire, un masque de beauté ! —
Crocodiles, serpents, têtards, nés de la fange,
Des genres différents chaque horrible mélange,
Tout ce que la nature enfante en descendant,
Depuis l’oiseau de nuit jusqu’au monstre rampant,
Que dérobe au regard l’ombre des marécages,
Dans le monde où je règne, a trouvé des images !
Le mensonge, l’envie, et la haine, et l’orgueil ;
Le luxe efféminé, bercé dans son fauteuil ;
L’avarice, exhalant une odeur métallique ;
Tout ce qui se nourrit dans un air méphitique ;
Tout ce que le jour voit et la nuit ne voit pas ;
La volupté, couchée à l’ombre de l’upas ;
Tous les nains insulteurs, tous les impurs pygmées,
D’impuissants avortons bourdonnantes armées ;
Tout ce que la laideur, le chaos, le hasard,
L’humanité malade enfante, à chaque écart,
Depuis le vice nu jusqu’au luxe du crime,
Tout ce que l’infamie au front de l’homme imprime,
Du mal avec le mal accouplement hideux,
Légions de l’enfer obscurcissant les cieux,
Tout ce que le péché fait éclore d’immonde
Trouve un type rival, admiré dans le monde !