Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/219

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Le Tableau du Monde.

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antoine calybite.


Sur la cime ombragée, où tout seul j’ai gravi,
Mais où d’autres bientôt, sans crainte, m’ont suivi ;
Au-dessus des cités, que la folie agite :
Ici, je prie en paix, j’étudie et médite !

 L’esprit bruyant et vain de ce siècle agité,
C’est l’excentrique esprit de la publicité !
Ce Siècle d’action, ce Siècle de lumières,
De son impur éclat souille tous les mystères !

 Moderne Inquisiteur, l’audacieux Journal,
Sans titre ni pouvoir, s’érige en tribunal ;
Hydre du noir mensonge et de la calomnie,
Il insulte au malheur et proscrit le génie !
Feignant la gravité d’un adroit charlatan,
Qui vend au sot public son faux orviétan,
Le scribe déloyal, l’écrivassier cynique,
L’esclave adulateur d’un parti politique, —
Du jour qu’il s’est assis dans le sacré fauteuil,
Ainsi que la grenouille, intumescent d’orgueil,
Au long mugissement du grand buffle sauvage,
Sa voix grêle répond dans le plat marécage !…
Jamais le ridicule, en son vol égaré,
N’avait encore atteint ce sublime degré ;
Et de la vanité jamais la folle audace
N’avait au rang des dieux pris une telle place !…
Et cependant, ce Siècle, en son orgueil rampant,
Accepte les arrêts du pygmée arrogant ! —
Ô siècle méprisable, en ta lâche bassesse,
Tu jettes tes enfants au Moloch de la Presse !
Qu’importe l’éditeur, le gazetier marchand,
Le saint usurpateur d’un pouvoir insolent !
Tout docte journaliste, organe d’une clique,
Ose s’intituler organe catholique !
Sur ses feuilles de plomb, ses feuilles de pavot,
Il vomit le venin de son esprit dévot !